Chapitre 24 : Potentiel caché qui explose (1)
« Quelque chose d’intéressant ? »
« Cet homme… Il n’est peut-être pas affilié à Sinyoung. »
« C’est impossible. Kim Hannah l’a clairement… » s’en étonna Agnès, fronçant les sourcils.
« Oui, Miss Rusée est affiliée à Sinyoung. Mais ce qui est important est que le tampon doré ne lui a pas été donné par eux. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Notre enquête a révélé que c’est le Temple de Gula qui a donné le tampon à Miss Rusée. »
Agnès baissa la tête et ferma les yeux, une habitude qu’elle avait prise lorsqu’elle avait besoin de réfléchir.
« Tu ne crois pas que c’est un peu louche qu’une nouvelle Marque d’Or apparaisse alors que Sung Shihyun est toujours porté disparu ? »
« … »
« Bien sûr, il n’y a rien de certain. Et puis, peu importe si Miss Rusée l’emmène chez Sinyoung. Nous, Sicilia, n’avons pas d’alliance avec Sinyoung, mais nous sommes quand même en bons termes. »
Agnès releva la tête. Son expression habituellement taciturne rayonnait maintenant de détermination.
« Dans ce cas… »
« Je me charge de Maria. De toute façon, elle ne s’opposera pas à l’idée. »
« Vous êtes certaine que ce n’est pas un problème ? C’est ma personnalité que d’y aller à fond une fois que j’ai commencé quelque chose… »
« C’est ce que j’espère, Sergent Instructrice Agnès. Tu ferais mieux de te donner à fond, sinon… » s’amusa Cinzia avant que son expression ne devînt un peu sinistre. « Sung Shihyun était un Irrégulier avec une Marque d’Or, tout comme cet homme. Les conditions sont concrètement les mêmes. Mais s’il y a une chose qui diffère de ce qu’il s’est passé il y a deux ans, ce sont les entraîneurs disponibles, non ? Ah, c’est vrai, on peut dire que Sung Shihyun a été personnellement entraîné par un Exécuteur, donc il y a forcément des différences. »
Cinzia ne rata pas le bref élan de furie qui se dégagea du visage d’Agnès.
« Si tu penses pouvoir le faire, alors vas-y. Montre-moi ce que la fameuse instructrice démoniaque de Sicilia, conquérante du Sud, peut offrir. »
« Si cet homme devient plus tard un ennemi puissant se tenant sur notre route, je ne serais pas responsable, » dit Agnès avant d’incliner la tête respectueusement et de quitter la pièce.
« … Hmph. Est-ce que je l’ai un peu trop excitée ? » se demanda Cinzia en expirant la fumée de sa cigarette, amusée.
…
[Course à Pied (Nombre de tentatives restantes : : ꝏ / ꝏ)]
Courez sur la piste jusqu’à tomber de fatigue !
Difficulté : Basique
Succès : + 10 Points de Survie
Échec : N/D
*Coopération interdite.
Hou-hou, ha-ha, hou-hou, ha-ha…
Seol était en train de courir sur la piste pour se vider l’esprit tout en utilisant la technique de respiration que Yi Seol-Ah lui avait montrée. Il avait depuis longtemps perdu l’habitude de compter le nombre de tours qu’il faisait, il se contentait de faire ce que la mission lui avait indiqué : courir jusqu’à en tomber de fatigue.
Au bout d’un certain temps, il avait arrêté de ressentir physiquement ses progrès. La seule raison pour laquelle il continuait à s’entraîner à ce rythme effréné était qu’il voulait gagner ce combat contre lui-même, comme maintenant. Il courait à sa vitesse maximale et fit des dizaines de tours… Pourtant, comme s’il essayait de traverser l’océan, il ne voyait aucun signe de la ligne d’arrivée. Évidemment, l’endurance de Seol n’était pas et ne serait jamais infinie. Même s’il s’entraînait comme un fou, il allait forcément atteindre une limite. Et lorsqu’il l’atteindrait, les tentations reviendraient au galop. Elles lui murmureraient, tu en as déjà fait assez, fais une pause, c’est pas grave si tu marches un peu, pourquoi tu ne ralentirais pas…
Quand il devint aussi essoufflé qu’il avait l’impression qu’il allait mourir, tout commença à s’assombrir autour de lui. Même avancer ne serait-ce que d’un seul pas était devenu incroyablement difficile. C’était comme si un immense mur l’empêchait d’avancer, lui disant qu’il n’irait pas plus loin.
« … »
Soudain, une larme apparut dans le coin de son œil. Il avait envie de pleurer.
Il avait envie de pleurer parce que c’était trop dur. Il savait que c’était pathétique, mais il voulait se coucher par terre et pleurer toutes les larmes de son corps. Alors, peut-être, juste peut-être, se sentirait-il un peu mieux.
Les autres survivants étaient tous occupés à remplir plusieurs missions, pourquoi lui était-il là, à faire ce genre de travail ingrat tout seul ? Ce n’était pas comme si quiconque allait reconnaître le dur travail et les sacrifices qu’il avait endurés. Non, il commençait même à regretter d’être venu ici.
« Kkeuck ! »
Seol lutta pour retenir ses larmes. Il serra les dents et résista. À chaque fois qu’il était sur le point de succomber à ces murmures, il avait un sentiment de déjà vu très désagréable. Sans trop savoir pourquoi, il avait l’impression qu’il allait retomber dans ses travers de parieur s’il ne parvenait pas à surmonter cette épreuve. Et il préférait mourir que de retomber aussi bas. C’était vraiment une mauvaise blague que d’avoir fait le vœu d’une seconde chance s’il n’était même pas capable de gagner ce combat contre lui-même.
Ce désir, cette volonté de refuser la défaite était devenu la force motrice lui assurant qu’il n’allait jamais fléchir. Rien qu’en se remémorant les journées perdues à parier, il commençait à bouillonner de rage. Il avait déçu sa propre famille, il avait fait pleurer Yoo Seonhwa. Il se haïssait tellement qu’il avait envie de s’automutiler. Mais il convertit plutôt cette rage en entêtement qui faisait désespérément avancer ses jambes.
« Kuaaaaak ! »
Il agita les bras et tapa violemment du pied, comme s’il essayait de bondir au-dessus d’un mur. Aussi incroyable que cela puisse paraître, sa jambe lui obéit et se posa avec force et stabilité sur le sol. À cet instant, un sentiment étrange s’empara de ses sens. Le mur qui l’empêchait autoritairement d’avancer devint subitement un formidable tremplin pour continuer son chemin.
Seol bougea sa jambe une dernière fois avant de tomber finalement par terre et de rouler de façon disgracieuse sur la piste. Même à terre, il essaya d’agiter ses mains et ses jambes pour se remettre debout et reprendre la course, mais il sentit une salve de vomi remontant le long de son œsophage.
« Ueeeeeck ! »
Il continua à vomir alors même que des larmes dégoulinaient sur son visage. Quand les haut-le-cœur cessèrent enfin, il se mit sur le dos, impuissant. Il ferma les yeux, essayant de profiter un peu plus longtemps des dernières traces de l’extase qu’il avait ressentie un instant plus tôt.
[La mission de difficulté ‘Basique’ a été réussie.] [Vous avez gagné 10 Points de Survie.] [PS actuels : 2840 PS]
Tout en écoutant le message d’information, Seol serra doucement mais fermement ses poings.
[Votre aspect de personnalité « Velléitaire » a été effacé.] [Votre niveau d’endurance est monté de Bas (Bas) à Bas (Intermédiaire) !]
Le décor de la piste d’athlétisme disparut progressivement de son champ de vision, et il fut rapidement de retour à l’intérieur de la Zone Neutre.
« ? »
Seol fut téléporté sur la place, toujours couché sur son dos. Il leva légèrement la tête lorsque l’ombre de quelqu’un se dressa au-dessus de lui.
Lorsque ses yeux firent un balayage de bas en haut, il aperçut d’abord de fines jambes avant un porte-jarretelle se croisant à l’intérieur des cuisses, juste en-dessous de sa robe. Un peu plus haut, un bout de tissu à volants sur lequel était cousu un petit ourson semblait protéger la partie la plus intime…
« … Des lilas ? »
Kuk. D’un grognement, la paire de jambe recula.
Seol acquiesça, trouvant qu’il s’agissait d’un ourson très mignon. Et puis, lorsqu’il croisa le regard glaçant d’Agnès, il commença à paniquer. Comment était-ce possible ? Elle semblait être l’une de ces servantes ultra strictes travaillant pour des familles importantes…
« Pardonnez-moi. Je ne m’attendais pas à ce que vous soyez téléporté tout en étant couché sur le dos… » dit Agnès avant de s’éclaircir la gorge.
Elle lui présenta un gobelet plein d’un liquide inconnu. Comme Seol avait une grande soif, il l’accepta gracieusement d’un sourire. Le liquide frais descendit le long de sa gorge, et il eut l’impression d’avoir regagné une partie de son énergie. Il s’appuya sur le sol de ses mains pour se relever.
« Merci. J’étais vraiment… »
« Cela fera 10 PS. »
Ce n’était pas offert ?! fut-il sur le point de s’exclamer. Il voulait se révolter contre le fait de d’avoir été forcé d’acheter quelque chose dont il n’avait pas vraiment besoin, mais se retint lorsqu’il sentit les changements s’opérant à l’intérieur de son corps.
« Oh. »
Le liquide initialement froid devint soudainement chaud et doux lorsqu’il arriva dans son estomac. Une sensation rafraichissante se propagea dans tout son corps en le libérant de sa fatigue. Au lieu de remplacer sa propre énergie, la boisson semblait avoir amélioré sa vitalité propre.
« Qu’est-ce que… »
« Ce n’est pas grand-chose. En vous reposant un peu plus, vous devriez pouvoir bouger comme d’habitude, » expliqua Agnès. Elle regarda Seol droit dans les yeux. « D’ailleurs, même si je comprends parfaitement pourquoi vous le faites, vous feriez mieux de ne plus consommer la potion de récupération d’endurance pour le moment. »
« Pourquoi ? » s’interrogea Seol. Plutôt que de se demander comment elle pouvait bien savoir qu’il en consommait, ce qui l’avait surpris était plutôt d’apprendre qu’il allait devoir les éviter. « Je veux augmenter encore le temps que je consacre à l’entraînement… »
« Je ne pensais jamais avoir à dire ça en tant qu’entraîneuse, mais… » commença Agnès avant de repositionner correctement ses lunettes du bout des doigts. « Il faut que vous diminuiez la durée de vos entraînements. »
« Vous me demandez de… m’entraîner moins ? »
« Parfaitement, » opina Agnès, comme si elle s’était attendue à cette question. « Cela peut paraître présomptueux de ma part, mais je vous ai observé ces deux dernières semaines, et je suis arrivée à la conclusion que votre régime d’entraînement est allé au-delà de la simple cardio et est maintenant dangereuse pour votre corps. Il a besoin de temps pour récupérer grâce à des pauses régulières et planifiées. En revanche, ce que vous faites s’approche davantage d’une punition ou d’une torture, puisque vous ne lui laissez pas le temps d’être convenablement prêt. »
L’analyse d’Agnès laissa Seol bouche bée.
« Vous avez fait usage de potion pour regagner de force votre endurance… Leur usage est évidemment acceptable s’il s’agit d’une fois de temps en temps, mais leur consommation continue sur une longue période ne va pas vous aider du tout. Tout bon régime d’entraînement incorpore des phases de repos. Plus le corps fatigué récupère sa vigueur par des moyens naturels, meilleur sera votre rythme de récupération naturel. Il est maintenant temps de laisser votre corps s’habituer à récupérer par lui-même, de façon naturelle. »
« Je… je vois. »
« À partir de maintenant, plutôt que de dépendre de potions de récupération, je vous conseille d’utiliser plusieurs objets favorisant la récupération naturelle. Il existe, par exemple, des collations, des huiles parfumées de bain, des plantes ou des bougies parfumées à placer à côté de votre oreiller, entre autres. »
Agnès ajouta également que ce genre d’objets auraient des effets positifs sur sa vitalité, sa force et son agilité. Seol se contenta d’acquiescer de la tête, abasourdi. Il se sentait complètement noyé dans le flux d’informations, sans trop savoir quoi en faire. Il comprenait bien qu’elle lui donnait des conseils importants, mais pour l’instant, dans sa tête dansait l’image du satané ourson et il lui était impossible de se concentrer correctement.
« Si cela ne vous dérange pas… » continua Agnès, ignorant totalement ce qu’il se passait actuellement dans la tête de Seol, « m’accorderiez-vous l’honneur de vous guider ? S’il vous plaît. »
Elle lui avait demandé quelque chose de très similaire lors de son premier jour dans la Zone Neutre, mais le contexte était maintenant un peu différent.
« C’est vous qui me faites honneur, merci. » Seol n’avait aucune raison de refuser, il accepta donc facilement.
« Il y a quelque chose qui m’intrigue, » lui demanda Agnès, alors qu’ils montaient l’escalier. « Pourquoi vous ne déjeunez pas dans les restaurants et leur préférez la nourriture que vous avez trouvé pendant le Tutoriel ? Vous savez que vous pouvez bénéficier gratuitement des services des restaurants, » le réprimanda-t-elle.
« Eh bien… Je pensais qu’il ne fallait pas que je perde trop de temps, donc… » répondit-il honteusement.
« Ce n’est pas possible. Tout comme le repos, bien manger est important. Votre corps a besoin de nutriments pour les entraînements, et tout ce que vous mangez est de la malbouffe… » regretta-t-elle, secouant la tête pour marquer sa déception.
Au bout d’un moment, ils s’arrêtèrent. Ils venaient d’arriver au second étage. À travers la porte en verre, Seol aperçut un grand espace ouvert sur lequel se trouvaient de nombreux équipements de salle de sport. Même s’il n’y avait pas de tapis de course, cette salle de sport restait exceptionnellement équipée par rapport à celles sur Terre.
Seol en était maintenant convaincu : la servante à l’apparence stricte (mais possédant un goût prononcé pour les sous-vêtements très mignons) savait tout ce qu’il se passait à l’intérieur de la Zone Neutre.
« La course à pied n’est pas la seule forme d’entraînement. Pour faire évoluer vos statistiques physiques de manière uniforme, je recommande fortement d’essayer d’autres types d’exercices. »
Seol était plutôt d’accord avec cela, car cela faisait un petit moment qu’il comptait essayer autre chose que la course à pied. Agnès lui avait sans aucun doute présenté cette salle pour cette raison. Évidemment, ce n’allait pas être gratuit.
« Combien ça coûte d’utiliser les équipements de cette salle ? »
« Dix points par jour, mais en payant pour une semaine complète cela ne te coûtera que cinquante points. Par ailleurs, si tu souhaites embaucher un entraîneur à plein temps pour t’aider à te développer, cela te coûtera un déjeuner supplémentaire par jour. » Seol faisait très attention à ses explications et n’en crut pas ses oreilles. Le voyant complètement interloqué, Agnès se hâta d’expliquer : « Vous comprenez, la cuisine de la Zone Neutre est vraiment délicieuse. »
Même si Seol ne pouvait vraiment comprendre ce qu’elle voulait dire par là, il décida de l’accepter comme une façon de dire qu’elle allait l’aider gratuitement. Même lui savait très bien la différence qu’un coach personnel pouvait faire. Et puis, il avait le sentiment qu’Agnès débordait d’enthousiasme à ce sujet. Quelque chose n’était pas clair. Il activa ses Neuf Yeux, mais Agnès n’émettait aucune couleur. Au moins, cela voulait dire qu’elle n’essayait pas de lui causer du tort.
« À tout hasard, y a-t-il d’autres servantes qui puissent m’entraîner ? » demanda-t-il avec prudence.
« Ce n’est pas impossible d’en trouver, mais… » commença Agnès en inclinant légèrement la tête. « Vous n’êtes pas satisfait de moi ? »
« Non, ce n’est pas ça, » nia Seol. Il prit une profonde inspiration. « Je cherche quelqu’un de très compétent, certes, mais aussi capable de m’entraîner sans me ménager. »
Agnès repositionna ses lunettes sur son nez, la lumière se réfléchissant brièvement sur les verres.
« Dans ce cas, il est inutile de vous présenter quelqu’un d’autre, » déclara-t-elle, les yeux fixés sur Seol, rassemblant ses mains sur son ventre. Seol eut l’impression de voir un sourire en coin se dessiner sur son visage. « C’est un peu gênant de le dire à voix haute, mais on me connaît également sous le nom de l’instructrice démoniaque de Sicilia. »
« Instructrice démoniaque… c’est parfait. »
« Êtes-vous sûr que ça ne vous dérange pas ? Je voulais y aller doucement au début avec vous. »
Ses paroles semblaient sous-entendre, êtes-vous certain de pouvoir supporter mon entraînement ? Ce à quoi Seol répondit sans hésitation.
« Laissez-moi payer les Points de Survie nécessaire. »
Et exactement dix minutes plus tard…
Seol regrettait tout ce qu’il avait dit.
L’adjectif « démoniaque » était tout à fait approprié. Dès le début de l’entraînement, Agnès le poussa à bout sans merci. Ce fut si intense que la douleur qu’il avait ressentie en faisant des tours de piste commençait à lui manquer. Il avait même essayé de protester en lui demandant : « L’entraînement n’est-il pas trop difficile ? N’aviez-vous pas fait mention de pauses régulières et planifiées ? »
La réponse qu’il avait obtenue fut : « Vous pourrez vous reposer lorsque l’entraînement sera fini. Personne n’a jamais parlé de pause en plein milieu de l’entraînement ! »
L’autre chose qui le surprit beaucoup et qu’il ne comprenait pas était qu’elle devenait soudainement violente.
« Je vous ai dit de garder les yeux rivés devant vous ! »
Baf !
Sa cravache le frappa sur ses épaules.
« Encore une fois ! Un ! »
Seol était à bout de souffle alors qu’il ajusta sa prise sur la barre à disque posée sur ses muscles trapèzes. Les squats, ce soi-disant meilleur exercice pour la partie inférieure du corps, le faisaient incroyablement souffrir, comme si ces cuisses étaient attaquées par un couteau émoussé.
« Deux ! »
« Kkheueueue… ! »
Lorsqu’il parvint tant bien que mal à fléchir les genoux, la cravache le frappa dans le dos une fois de plus.
« Vous pliez les genoux, oui, mais pourquoi est-ce qu’ils dépassent vos orteils ? Redressez-vous ! »
Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi vicieux que vous ! hurlait intérieurement Seol. Il ne dit rien à voix haute, car il savait que se faire frapper l’aiderait à développer sa vitalité. Mais quand même, il ne pensait pas qu’elle serait aussi impitoyable. Était-ce parce qu’il avait malencontreusement aperçu sa culotte avec les lilas et l’ourson ?
« Encore une fois ! » s’écria Agnès, interrompant le fil de ses pensées. Malheureusement, les cuisses tremblantes de Seol ne purent tenir plus longtemps et il tomba sur son derrière. « Qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? » dit-elle d’un ton glacial.
Hua, hua ! Sans s’en soucier le moins du monde, Seol commença à masser ses cuisses endolories. Il commençait à véritablement s’inquiéter que du sang s’y était accumulé et allait à tout moment jaillir à travers sa peau.
« Hmph, » soupira Agnès avant de croiser les bras. « Dans cet état après si peu de temps… Si vous préférez, je peux y aller plus doucement. Enfin, je pense que je suis déjà suffisamment gentille avec vous. »
« Mais… ! »
« Si cela ne vous convient pas, je peux vous présenter quelqu’un d’autre à tout moment, » annonça-t-elle en souriant. Seol parvint tout juste à retenir le juron qu’il était sur le point de dire et baissa la tête.
« … Non, c’est bon. Continuons. »
« Laissez-moi tout de même rappeler quelque chose. Je ne vais pas y aller d’une main morte avec vous lors des entraînements. »
« C’est ce que je voulais. Je vais juste pousser quelques cris de motivation et poursuivre l’entraînement. »
« Des cris de motivation ? Ce dont vous avez besoin n’est pas des cris quelconques, mais la volonté et la détermination d’endurer l’entraînement. Dans tous les cas, continuons. Levez-vous, s’il vous plaît. »
Seol poussa un long grognement.
« Ah ! Est-ce que ça va si mes cris sont un peu spéciaux ? » demanda-t-il, continuant de masser ses cuisses.
Agnès plissa les yeux.
« Est-ce que vous cherchez à gagner du temps ? Vous pouvez pousser n’importe quel cri, mais vous allez devoir vous dépêcher de vous lever, s’il vous plaît ! »
Merde !! Merdeeeeee !!! Seol se releva en serrant les dents. Agnès lui reposa immédiatement la barre à disque sur ses épaules. Et puis…
« Peu importe le type d’entraînement que vous réalisez, les deux choses les plus importantes sont la posture et la respiration. Un ! »
Il synchronisa son cri avec le décompte. « Li ! »
« Li ? C’est effectivement un cri un peu particulier. Deux ! »
« Las ! »
« ? Un… ? »
« Li ! »
« … Deux. »
« Las ! »
Le décompte s’arrêta soudainement. Lorsque Seol tourna la tête, il aperçut le regard noir d’Agnès rivé sur lui. Son visage était complètement rouge. Discrètement, elle tenait de sa main l’ourlet de sa robe, et la cravache dans son autre main tremblait légèrement. Elle semblait véritablement troublée. Seol se sentit soudainement plutôt satisfait.
« Pourquoi avez-vous arrêté de compter ? » demanda-t-il sournoisement.
« Qu, qu, qu’est, qu’est-ce que tu veux dire… ?! »
« Y a-t-il un problème avec ma posture ? »
« Non ! Ce n’est pas le problème ! »
« Oh, alors peut-être est-ce mon cri ? Vous m’avez dit que je pouvais pousser n’importe quel cri, donc bon… Mais c’est pas grave, je vais le changer, » se hâta-t-il d’ajouter lorsqu’elle leva haut sa cravache. Bien sûr, il n’avait aucune intention de s’arrêter là.
« Allez, entraînez-vous sérieusement. Un ! »
« Our ! »
« Deux ! »
« Son ! »
Et un instant plus tard…
BAF !
Le bruit d’une gifle se fit entendre jusqu’en dehors de la salle.
…
Depuis qu’Agnès était entrée dans sa vie, les habitudes de Seol dans la Zone Neutre s’étaient complètement transformées. Le plus gros changement venait bien évidemment de son entraînement. Ce dernier n’était plus désorganisé mais bien défini, encadré et réfléchi. Il était convaincu que même s’il s’entraînait moins d’heures chaque jour, la qualité de l’entraînement avait été démultipliée.
Force, vitalité, agilité et endurance. Voilà les quatre points clefs que ciblait son entraînement aussi sévère que cruel, suffisamment pour le faire jurer constamment. Il avait toutefois nettement amélioré sa forme physique grâce à la course à pied, et arrivait tout juste à s’accrocher au régime d’Agnès. Cette dernière faisait également preuve de beaucoup de diligence et avait même organisé ses activités en dehors des séances d’entraînement, notamment son régime alimentaire et les différentes façons de se reposer.
Comme il savait pertinemment qu’un instructeur ne déployait ce genre de zèle que lorsqu’il polissait ce qu’il considérait comme un diamant brut, Seol se montra motivé et dédié en travaillant très dur. En ajoutant à cela l’effet de la Compétence spéciale de la boutique VIP, multipliant les effets de l’entraînement par huit, Seol développa ses capacités physiques à un rythme stupéfiant.
Tout comme sa forme physique, ses statistiques continuèrent de grimper. De plus, son corps pouvait maintenant récupérer rapidement et naturellement de l’état de fatigue avancée en quelques minutes après la fin de l’entraînement. Cette transformation lui semblait si étrangère que parfois, Seol se demandait s’il s’agissait de son propre corps ou non.
Grâce aux conseils d’Agnès, Seol commençait à révéler son potentiel.
Les jours passèrent, et le 30ème jour de l’ouverture de la Zone Neutre arriva enfin, correspondant, pour Seol, à 240 jours, presque huit mois d’entraînement frénétique.
En ce jour, la différence entre ceux s’étant préparés et ceux qui ne s’étaient pas préparés serait exposée en plein jour.